Une interview de Stanley Keleman par Terrence MacClure
"Le but de ces exercices est de nous donner la possibilité d'influencer notre propre comportement. Dans ce cas particulier nous parlons de notre comportement de dépression et de panique. Ton cerveau en changeant d'attitude influence ton corps et ta vie émotionnelle. Les attitudes sont des formes émotionnelles et physiques. Cela fait partie de la neurophysiologie du comportement émotionnel. Ces exercices continuent ce dialogue entre le cerveau et l'attitude musculaire en insistant sur la gestion de la dépression et de la panique." Extrait d'une interview
Stanley Keleman est un pionnier dans le champ de l'éducation somatique émotionnelle. Il est l'auteur de nombreux livres dans ce domaine, notamment, Emotional Anatomy, Your Body Speaks Its Mind, Living Your Dying, Embodying Experience, et les séries cliniques - Love, Bonding, Patterns of Distress.
Introduction
Dépression et panique sont des mots que l'on emploie de plus en plus dans la conversation quotidienne. "J'ai été cliniquement déprimé." "Récemment, je me suis réveillé paniqué". "J'ai eu à nouveau une crise de panique". Au sujet de ce phénomène un poète a récemment fait remarquer "on a la sensation, ces temps derniers, qu'une catastrophe s'est déroulée dans le paysage psychique".
Il y a aussi cette observation: "J'ai entendu dire, qu'autrefois, les gens vivaient jusqu'à cent ans. A notre époque, ils sont épuisés à cinquante ans. Est-ce à cause d'un changement de circonstances ou est-ce la faute des humains?" Supposons que le problème existe déjà depuis un certain temps.
Après avoir fait le tour des matériaux sur la dépression et la panique, après avoir interrogé plusieurs psychiatres et psychopharmacologues, j'ai fait la connaissance du travail de Stanley Keleman. C'est un psychologue formatif qui a développé pendant plus de trente ans, un langage spécifique et esthétique du corps. D'où le nom de ce langage, "psychologie somatique".
Cette psychologie somatique empreinte très peu aux autres. Par exemple vous ne pouvez pas la comparer à Freud ou à Jung. Cependant, dans l'œuvre de Keleman quelques indices de ces pionniers sont percevables: cette phrase de Freud, "l'anatomie est destin", et de Jung, "si vous avez un institut, rendez-le aussi désorganisé que possible."
Keleman entend l'anatomie comme comportement et le comportement comme anatomie. Il emploie les mots "organiser" et "désorganiser" quand il guide ses clients vers leurs situations et hors de leurs situations. Par exemple, il pourrait demander, "dans quelle couche de toi-même fais-tu l'expérience de cela?", en se référant au système épidermique/nerveux, au système musculaire où aux organes mous. Et sur un point Freud et Jung auraient..... étés finalement d'accord, Keleman se réfère à l'imagination somatique: images et rêves qui reflètent des processus du destin corporel toujours en formation.
Voilà pourquoi la psychologie somatique a beaucoup à dire au sujet de la dépression et de la panique. Keleman dit dans une citation venant de sa dernière interview dans le journal Yoga, "l'élément principal de mon travail reste dans le développement de voies pour aider les gens à gérer le désarroi perpétuel lié à la condition humaine. L'angoisse se développe à partir d'un état d'abandon face à la privation de secours. Une fois que nous avons compris que la vie organise la forme, nous avons le choix entre nous identifier avec le formateur de la forme ou avec la forme elle-même". Les formes de la dépression et de la panique se trouvent au centre de l'interview de Keleman qui suit.
Interview
J'aimerais beaucoup savoir comment les exercices pratiques, somatiques et émotionnels ont pour résultat d'aider les personnes dépressives et en panique? Mais d'abord, en tant qu'éducateur somatique, comment définis-tu la dépression?
La dépression est une identité. C'est une façon d'être dans le monde. Nous parlons de la dépression comme d'une façon d'agir avec soi-même qui débouche sur un schéma comportemental. D'une façon ou d'une autre, tu vis avec ce schéma ou bien tu luttes pour vivre avec ce schéma. La dépression devient un style de vie.
C'est un style de vie, pas une réaction à court terme?
Nous devons faire la différence entre le caractère dépressif et la personne qui souffre d'une forme dépressive liée à une situation. Par exemple une personne qui a subi une lourde perte et se tient en retrait ne s'est pas forcément retirée de la vie elle même. Cette personne qui s'est retirée à cause d'un deuil n'est pas vraiment dans un état dépressif, même si nous appelons cela dépression. Elle est dans un lieu de repli et cherche à s'accommoder de cette perte. Elle soigne ses plaies, lesquelles résultent d'une relation brisée. Nous devons bien la distinguer d'une personne qui utilise l'organisation dépressive comme identité et comme façon d'être dans le monde: se plaignant et étant négative, renonçant aux projets d'avenir, se maintenant exprès plus petite et même rabougrie. Ceci doit être compris comme une organisation d'une personnalité et non pas comme un réaction à court terme.
Les premières lignes de "Annie Hall" montrent cette façon de se plaindre et ce négativisme comme une façon d'être dans ce monde. C'est comme ça: "...deux vieilles dames sont dans la fraîcheur de l'été dans le catskills. L'une dit, "ce repas est épouvantable", et l'autre dit, "oui, et les portions si petites". Le conteur dit alors, "c'est fondamentalement mon sentiment face à la vie"."
Ça, c'est l'attitude des gens qui adhèrent à la philosophie et disent: "Je suis un sceptique" où bien "Je suis un cynique" et qui en réalité veulent cacher une attitude dépressive face à la vie. C'est se tenir en retrait et prendre des portions congrues.
Comment les caractères dépressifs s'y prennent pour en arriver là? Et pourquoi font-ils cela?
Avec ce qui suit tu vas comprendre pourquoi ils se comportent ainsi: la dépression est la psychologie d'un état de sous-excitation. La panique est la psychologie d'un état de sur-excitation. Il y a un lien entre ces deux états, c'est un continuum. D'un côté, un état figé, la dépression, de l'autre une submersion d'émotions, la panique. Entre les deux, tous les degrés sont possibles. Tous ces degrés et ces extrêmes sont des comportements corporels, des formes somatiques, chaque forme détermine ton expérience de la dépression et de la panique.
Une personne commence à se gérer elle-même quand elle se maintient un peu elle-même, puis attend, puis se maintient un peu plus, se raidit, se compresse, se comprime, se rend compacte jusqu'à ce qu'elle se sente protégée de la submersion et de la panique. Chaque forme de congélation marque un pas vers la dépression. La suite va maintenant dans l'autre direction du continuum. Tu peux dire qu'une personne qui a été effrayée et qui, comme réaction à un état de sur-excitation se gèle elle-même est déjà dans une forme grave de dépression. Elle est maintenant dans un état de sous-excitation. Et c'est elle-même qui agit de cette façon là, avec elle-même. C'est le schéma: se compresser, se rendre compacte, dense.
Donc, cette façon de s'utiliser soi-même a son utilité? Est-ce une réponse à un état d'excitation incontrôlable et de panique? Qu'est-ce que la panique dans l'éducation somatique?
La première réponse à n'importe quel stress ou épreuve est toujours l'excitation, est d'être excité. Etre excité veut dire plus d'agitation, plus d'activité. Quand l'agitation ne trouve pas de récipient dans lequel elle peut être contenue, quand l'agitation atteint une telle intensité que les frontières pour la maintenir et lui donner une forme, une organisation n'existent plus, c'est alors que nous sommes submergés et que nous nous dirigeons vers une submersion sans limite. C'est la panique. La panique est hors-route, il y a trop d'excitation et pas assez de forme.
Quand il y a trop d'excitations il n'y a plus aucune forme. La dépression est alors un essai d'étrangler, d'étouffer et de contrôler cette excitation informe. Les artistes en sont un bon exemple. Je pense à Kurt Cobain, à cause de sa perpétuelle excitation, il se dirige vers l'isolation, l'hibernation, en conséquence, il se retrouve dans l'isolement.
Quand tu commences à désorganiser quelques aspects somatiques de la dépression, à ce moment là il y a le risque qu'un manque de forme conduise à la panique, menant la personne à l'extrême d'une pulsation. La dépression a une fonction et tu dois comprendre quelle est cette fonction. De même certains degrés de panique et d'angoisse ont aussi une fonction.
Cela ressemble à un dilemme pour moi. D'un côté, la panique et ses angoisses et de l'autre la dépression et son agonie. Ni l'une, ni l'autre ne sont souhaitables, mais elles se régularisent l'une l'autre. Et pour joindre l'injure à l'outrage, c'est ton identité.
Oui, c'est bien ça le dilemme principal quand on soigne des dépressifs. Ils luttent dans un conflit entre la peur d'un état liquide, c'est à dire, peur de se dissoudre, de perdre leurs frontières, d'être surstimulés et de perdre leur contenu. Ou alors, dans l'autre direction ils ont peur de se geler et de se comprimer dans une masse désespérée et immuable. Ils sont alors comme prisonniers d'un lieu et là ils craignent d'avoir à réagir et donc, ils s'accrochent à leur état de non-réaction.
L'un des buts de la formation somatique est d'aider les gens à se former eux-mêmes. Il s'agit avant tout d'aider une personne à transformer ses expériences et à utiliser d'une autre façon ses expériences élémentaires. Ce qui consiste à contenir son excitation et à réfléchir à un problème et à un plan d'action pour son style de vie. Puisque tu utilises toutes ces fonctions à la fois tu ne fais pas seulement changer, pas seulement essayer d'avoir accès à une partie de ta mémoire, ou à une blessure, ou à transformer un schéma de vexations et de blessures, mais tu fais tout cela à la fois.
Tu ne fais pas que lever le voile de la dépression.
Si tu ne fais que lever le voile de la dépression, quelque soit la méthode que tu utilises, il n'est nulle part écrit comment il est possible d'être ici après que tu ais délié le cercle. Notre supposition est que quand tu as réussi à supprimer l'oppression, quand tu as réussi à stimuler la personne et à éloigner la mélancolie, et quand en plus tu peux amener le patient à parler des sentiments et des relations qui le dépriment, que alors, jaillit une forme semblable à "Jack in the box" qui déclare, "je suis ici, plus du tout déprimé, capable de fonctionner avec l'extérieur".
Ceci est une illusion douce. Dans la mesure où nous nous comprimons, nous nous rendons denses ou déprimés, nous nous bloquons corporellement et comme ça nous bloquons aussi la façon dont nous nous utilisons dans nos situations sociales et personnelles. Ceci veut dire que sous-jacent existe une atrophie due à la non-utilisation ou à une mauvaise utilisation, un manque d'entraînement.
Cela m'évoque "Awakenings" (Le temps de l'éveil) d'Oliver Sacks. On a soulevé quelque chose, cependant ces gens restent en arrière avec leurs souvenirs anciens, avec leur atrophie et en fin de compte ils retournent tout droit de là où ils venaient.
La situation dans laquelle Oliver Sacks se trouvait après cette longue période d'encéphalite, période de coma, figée, représentait pour lui un court réveil, mais après cela, un retour vers une paralysie encore plus grave.
Je voudrais évoquer quelque chose puisque c'est partout dans l'air. Tu as des clients qui à un moment ou à un autre prennent du Prozac. J'aimerais en parler, car je pense que ce que tu as à dire à ce sujet concerne une part essentielle de ton travail.
En effet j'ai quelques personnes qui prennent du Prozac. Je ne donnerais pas 10 centimes pour certaines de leur séances. Ils parlent de leur changement d'humeur. Si tu examines le contenu et les utilisations de leurs réflexions, c'est comme s'ils avaient été dans un film intéressant. L'urgence de se réincorporer n'existe plus. Puisque l'urgence n'existe plus tu ne reçois d'eux que des réflexions et le fait qu'ils sont en état de communiquer, c'est leur plaisir. Cela les rend heureux. Rien ne doit être réorganisé. Ils se sentent mieux. Ils disent que c'est un changement d'humeur. "Je ne vais pas bien, mais le médicament rend cela supportable." Et voilà la phrase clef: continuer à faire les choses comme toujours mais, pas se réorganiser et apprendre du nouveau. Je ne nie pas qu'il y a des époques ou on a besoin de cela, mais je nie l'effet que cela peut avoir.
C'est vrai qu'il y a des maladies qui ont une origine bio-chimique. Il y a des maladies causées par la Dopamine et la Serotonin. Ce que les gens ne savent pas c'est qu'une réponse habituelle à une situation, par exemple, avoir à te contrôler si quelqu'un te réprimande, est de te recroqueviller et de te retirer en toi-même. Le corps envoie alors au cerveau deux signaux: "compacte", ce qui arrête la Dopamine et la Serotonin et envoie quelques Epinephron pour que tu sois chargé et excité. Alors ton attitude musculaire se fait encore plus rigide pour essayer d'empêcher que tu sois submergé par ton propre Epinephron. Cette réaction épuise la chimie qui te tient éveillé et stimulé et tu finis par être épuisé et déprimé. Le dérangement chimique n'est pas seulement provoqué par le désordre physiologique du cerveau mais c'est aussi un signal de l'attitude musculaire et cela comme réponse à cette situation.
Je m'intéresse spécialement à l'une de tes méthodes thérapeutiques tu la nomme "les cinq pas" ou bien "les exercices comment" ou "les exercices de réincorporation" ou encore "les exercices somatiques émotionnels" ou tout simplement "les exercices". Quels liens existent entre la dépression et la panique et ces exercices et leurs principes?
Le but de ces exercices est de nous rendre capables d'influencer notre propre comportement dépressif et paniqué. Ton cerveau influence ton corps et ta vie émotionnelle en changeant les attitudes de ton corps. Les attitudes sont des formes physiques et émotionnelles. Ceci est en partie la neurophysiologie du comportement émotionnel. Les exercices prolongent ce dialogue entre le cerveau et l'attitude musculaire, avec comme intention d'influencer sur la dépression et la panique et de les gérer.
Je veux créer un lien entre les cinq pas et une forme dépressive. Chez une personne où tout s'oriente vers l'intérieur, se comprime et se rend dense, elle va se recroqueviller et se raidir...., sans doute comme protection pour ne pas être submergée. Alors, à cause de sa densité elle est surformée.
Le premier pas consiste à remarquer ce qu'il se passe et ce que tu es en train de faire. Je viens de te l'expliquer.
Le deuxième pas consiste à accentuer ce que tu es en train de faire. Comprimes-toi encore un peu plus. Tu as alors volontairement, avec intention rajouté une partie supplémentaire à la structure initiale.
Le troisième pas consiste à diminuer un peu ce que tu viens de faire, puis encore un peu moins et encore un peu moins.
Pour le quatrième pas tu attends, tu incubes.
Dans le cinquième pas, tu découvres ce que tu as appris et à quel point cela pourrait être utile, avoir une influence sur ta vie quotidienne.
Il y a alors une corrélation dans ton cerveau, grâce à la petite fenêtre que tu viens de fabriquer en reprenant la structure dépressive, en l'accentuant et en la réduisant. Et cela dit au cerveau: "J'ai été jusque là , puis je l'ai désorganisé, je me suis géré moi-même." Et cela commence à avoir vraiment une influence sur la structure complexe à l'intérieur du cerveau. Le but n'est pas de se sentir mieux, c'est de se gérer soi-même, spécialement en fonction de réactions extrêmes.
Qu'est-ce que tu espère voir habituellement quand tu travailles ainsi avec quelqu'un?
Quand tu demandes à quelqu'un de désorganiser une forme en l'intensifiant ou en la réduisant, tu découvres comment cette personne peut réorganiser sa façon dépressive et sa façon d'être dans le monde. Comme je l'ai déjà dit ... maintes fois, le problème, pour ces personnes sera que leur partie informe manque de structure. Il n'y a pas de chemin d'action tracé. Cela aussi est à créer. Ces gens n'ont pas de structure nécessaire pour entrer différemment en relation. Cette façon d'être démuni perpétue leur dépression.
Quand tu aides quelqu'un à se former, qu'est-ce que cela signifie?
Trouver la forme de comportement la plus adaptée en fonction de la situation à laquelle quelqu'un est confronté. Une forme de comportement appropriée pour contenir les excitations et la vitalité que sa vie peut produire. Ce qui veut dire, disposer d'une coordination neuro-musculaire pour organiser une nouvelle expression et une nouvelle mimique dans la relation avec d'autres.
En quoi consiste le danger quand on désorganise l'identité dépressive de quelqu'un?
Quand on désorganise la forme dense et la forme compacte d'une personne le plus grand danger est que cette personne soit trop stimulée et trop excitée. A cause de sa crainte d'être submergée elle accentuera sa densité. Aussi, il est impératif de comprendre que, en tant que thérapeute, tu n'as pas besoin de l'approbation du patient te disant qu'il va mieux et ainsi te justifiant, pour continuer dans ton action. Par contre, il sera nécessaire que tu tiennes compte de la misère et des plaintes du patient car elles ont comme fonctions de lui permettre de s'exprimer et de maintenir son niveau d'excitation, ce qui lui permet, au patient, de ne pas être submergé.
Cela souligne l'importance de l'exercice: Fais-le d'avantage, fais-le moins. L'idée qui est derrière cet exercice est d'être capable de tourner un bouton électrique juste ce qu'il faut pour que la lumière soit suffisante et adaptée .... mais qu'elle ne fasse pas un grand saut, parce que chaque fois que tu fais un grand saut tu risques une réaction dépressive.
Tu es sûrement d'accord avec moi que moins peut être plus et que se rendre compacte est un trait de caractère personnel, une façon de s'organiser dans le monde. Quand tu arrives à réaliser ces petits changements, au lieu d'essayer de te libérer de la façon dont tu as organisé ta vie jusque là, tu arrives à organiser tes processus élémentaires.
Au court de la pratique des exercices somatiques comment gère-t-on la panique, quand il n'y a aucune forme à partir de laquelle on puisse commencer? Il y a au départ une excitation informe n'est-ce pas? Tu dois augmenter toi-même ton excitation, puis la diminuer et ainsi de suite?
Stratégiquement, tu te raidis pour te donner une forme émotionnelle. Intentionnellement tu te donnes une forme corporelle plus ferme, davantage contrôlable qui ne te rend pas compacte. Cela retire à la panique un peu de son acuité. Tu choisis une forme qui diminue la panique et qui t'empêche de te liquéfier et de te répandre dans toutes les directions.
Est-ce que trop de rigidité peut être anesthésiant?
Trop peut être anesthésiant et empêcher toute émotion à l'intérieur. C'est la raison pour laquelle tu apprends toutes les nuances de ces formes dans le cadre de ta situation. C'est aussi une aide réelle de savoir qu'il faut parfois "paniquer". Cela existe et pour une bonne raison.
Je trouve intéressant que beaucoup de personnes racontent que quand elles commencent à prendre des antidépresseurs, elles se sentent, excitées, nerveuses, en panique et parfois fragmentées. La dépression n'est peut-être plus là, mais maintenant elles sont paniquées. Je dirais qu'elles se trouvent alors du côté informe du continuum, elles ont moins de solidité et de corps. On va alors leurs donner un tranquillisant pour leur angoisse. Le tranquillisant leur donne plus de corps dans leur continuum, elles sont moins fragmentées. C'est intéressant de constater que le contrôle bio-chimique et le jonglage ont le même continuum. Ce qui manque surtout à ces personnes, c'est le développement de leur volonté et c'est bien cela que ta formation semble leur offrir.
Sous l'influence d'un tranquillisant, le milieu interne se modifie. On fait fonctionner la voiture avec une autre huile, une essence différente. Mais la structure n'a pas été conçue pour cela. La structure n'a pas été vraiment changée. La voiture elle-même n'a pas changée. La personne peut avoir un bon jugement, elle peut bien communiquer mais elle ne sait pas comment organiser un comportement différent dans une voie assez approfondie.
Je serais prudent ici, mais j'ai l'impression que beaucoup de pharmacologues ne savent pas exactement comment leurs produits agissent. C'est okay! Ils semblent avoir une idée générale. Ils savent que ça arrive au cerveau, et le cerveau est l'organe avec lequel ils essaient de jouer. Quelle relation y-a-t-il entre les cinq pas et le cerveau d'un dépressif et quels effets ont-ils?
Nous parlons de la restructuration et de la reconstruction du cerveau. L'un des ingrédients principaux est la mobilisation de la partie du cerveau qui intensifie l'hibernation et l'inhibition. Ce serait comme si la partie terminale du récepteur nerveux et la partie terminale du muscle moteur seraient disjointes par pression et comme si la jonction synaptique ou la partie médiale seraient compactes et suractives. Dans ce cas la première chose à faire est de rétablir la circulation dans le réseau activant. Nous observons les mécanismes entre le cervelet et le cerveau médial que nous voulons rendre moins compacts, nous voulons rétablir une relation corticale entre les deux.
Disons que quelqu'un sera familiarisé avec sa forme somatique au cours d'une crise de dépression et d'une crise de panique. Quel usage, quelle utilité peut-il en tirer?
A l'occasion de cette dépression, on apprendra à être moins compacte et surformé. Les exercices pour gérer l'état compacte sont une aide. Ce qui veut dire qu'on a plus de réactions. Pendant la période de la panique, on apprendra peut-être à se donner une forme appropriée. Par exemple, former un contenant qui soit adapté à l'excitation et peut-être simplement faire le vide et laisser couler.
Ça me rappelle Woody Allen quand il dit: "J'ai de mauvais réflexes. Je me suis fait écraser par une voiture parce que deux garçons m'ont bousculé."
Sans doute un mauvais scénario pour une forme inadaptée à la situation.
C'est ça!
Les cinq pas ne sont sûrement pas des antidotes douces facilitant l'oubli. In ne s'agit pas non plus d'une course de vitesse. Cependant, je sais que les dépressifs et les paniqués et tous, tout au long du continuum, veulent se sentir vite mieux et trouver un raccourci. Je peux déjà en entendre certains dire: "Une satisfaction immédiate prend trop de temps".
Qu'est-ce que tu dis de cette attitude et de cette précipitation?
Avec les exercices des cinq pas on ne se débarrasse pas de quelque chose. Ils développent la possibilité de "vivre avec" et de se réorganiser. Cela développe votre volonté. Cela vous donne une forme adaptée à votre situation et c'est une tout autre histoire.
Journal abrégé d'un patient souffrant de dépression qui pratique les exercices.
L'exercice émotionnel qui m'a le plus aidé c'est l'exercice que je définis comme exercice de pression. Ceci amplifie et puis, diminue ce qui se passe en moi pendant la panique et la dépression.
J'ai commencé à faire cet exercice tous les matins, pendant trois ans. Mais maintenant, je le fais de façon informel, n'importe quand et n'importe où. Quand j'ai commencé, je faisais des mouvements visibles, mais maintenant je fais des mouvements de pression extrêmement réduits. Même en m'observant bien, personne ne le remarquerait, pourtant à l'intérieur les mouvements sont intenses et larges.
Dans une de mes formes de dépression, je deviens rigide, gelé, ma concentration est dispersée: je cours ici et là, soulève l'écouteur du téléphone, déplace des papiers. Ma panique répond à la dépression menaçante, mais parfois, c'est tout le contraire. La plupart du temps je ne sais pas si je suis déprimé ou angoissé. J'ai découvert que je me raidissais et me dépressais automatiquement pour m'en sortir avec ma concentration dispersée.
Il est très possible que je remarque seulement quelques jours plus tard ce que je suis en train de faire et diable alors, je m'étonne de ce qu'il se passe!
Quand j'ai commencé, j'ai remarqué que quand je déconstruis la dépression, une plus grande quantité d'angoisse affluait, alors je l'ai fait avec moins d'intensité.
Je suis capable, semble-t-il de vivre avec un degré d'angoisse plus élevé, la quantité d'angoisse qui habituellement me faisait grimper à l'échelle ne me dérange plus tellement.
Voilà les pas que je fais pendant les préludes à ma dépression.
Pas un = Je découvre ce qu'il se passe. Habituellement, je suis raidi à l'extérieur. Je suis rigide, un choc modéré.
Pas deux = Je me rend moi-même un peu plus rigide. Je me demande aussi pourquoi je me rend rigide. Il y a peut-être une bonne raison. Peut-être que quelque chose me fait peur, que je ne peux pas en ce moment me débrouiller avec ça.
Pas trois = Je déconstruis un tout petit peu la rigidité que je viens d'augmenter. Et encore un peu davantage.
Habituellement je déconstruis plusieurs petits paliers de rigidité. Et à travers ce que je fais je forme des unités minimes, ce qui me donne la sensation que je peux maîtriser tout que j'ai rajouté avant.
Pas quatre = Attendre. Une sorte d'incubation. En général, il y a quelques pulsations. Je me pose la question: si j'ai, en plus de ce que j'ai fait volontairement, déconstruit quelque chose, suis-je plus anxieux? suis-je plus déprimé? Et si non, qu'est-ce qui relève d'une vieille habitude?
Pas cinq = Qu'est-ce qui est différent? Quelquefois, je n'aime pas montrer l'aspect terrifiant de ma panique. Et encore moins présenter à quelqu'un un visage abattu qui en dit long! Mais après que je me sois entraîné avec les pas, parfois seulement en m'asseyant à ma table, il est moins probable que je cache ce qu'il se passe en moi. Je dépense moins d'énergie à vouloir tout cacher. C'est ainsi. Et je peux vivre ouvertement ainsi.
La situation la plus fréquente à laquelle je suis confronté est: 'qu'est-ce qui vient en premier?' En d'autres termes, je peux avoir l'air déprimé, mais cela cache en réalité une énorme anxiété. Il se peut dans ce cas que ce soit bien. Ou alors, je peut être excentrique et c'est peut-être comme si je sentais une tempête arriver. Je fais toujours l'expérience que quand je désorganise l'un, je me retrouve avec l'autre. Pour cette raison j'ai appris à gérer les deux. Ce qui est étonnant c'est que je sais assez bien comment la dépression et la panique s'organisent dans mon corps. Mais cela m'a pris du temps. Au commencement j'ai pratiqué plusieurs cycles courts de ces pas pour arriver à en connaître l'effet qu'ils ont sur moi.
Questions fréquemment posées au sujet de la mise en pratique des exercices somatiques émotionnelles
Est-ce que je peux m'attendre à me sentir mieux en faisant les exercices?
Quand vous changez votre forme émotionnelle vous changez votre humeur. Vous pouvez vous attendre à ouvrir la porte à des possibilités et à une gamme émotionnelle. Il ne s'agit pas de se sentir mieux mais d'influencer cette gamme d'expression émotionnelle.
Qu'est-ce que vous voulez dire avec 'gérer'?
Le but des exercices est de gérer les changements minimaux d'une forme à une autre, lesquels amènent des degrés de dépression et de panique. Si vous avez remarqué que de vous compresser vous-mêmes est une façon spéciale qui contribue à votre dépression, en vous compressant vous-même plus et ensuite moins, vous vous donnez vous-mêmes une conscience de gérer une petite fenêtre que vous avez créée intentionnellement.
Et en quoi cela devrait aider?
La petite fenêtre que vous avez créée - si vous prenez l'organisation dépressive et que vous l'accentuez, l'intensifiez et ensuite la diminuez - cela a pour conséquence d'informer le cerveau et de lui dire: 'J'ai fait cela davantage et j'ai défait ce que j'ai fait. Je me suis géré moi-même.' Ceci peut éventuellement commencer à avoir une influence sur l'organisation dépressive plus générale. Souvenez-vous que se sentir mieux n'est pas le but, mais le but est la gestion de soi-même.
Qu'est-ce qui se passe quand je vais plus mal?
Peut-être avez-vous pratiqué les exercices avec trop d'intensité. Il se peut que vous vous soyez contractés vous-mêmes avec trop de vigueur. Ceci signifie que vous devez en faire moins. Une autre raison pour laquelle vous vous sentez temporairement plus mal est que vous vous êtes désanesthésiés vous-mêmes jusqu'à la partie musculaire de votre attitude dépressive. Faire cette expérience intensifie votre conscience de l'attitude dépressive. Ceci fait partie d'une réorientation de vous-mêmes et vous comprenez comment vous vous compressez vous-mêmes. Après un moment, en désorganisant cela va aussi alléger la sensation de trop de spasme et de contraction de votre organisation.
Dans quel intervalle dois-je faire les exercices?
Une règle approximative serait de les faire pendant des espaces de temps très courts. Les faire pendant quelques minutes chaque fois. Et après les faire pendant plusieurs minutes, pendant un certain temps - 8 ou 9 fois par jour pendant 2 ou 3 minutes chaque fois. Ceci commence à former une organisation intérieure qui se sent à l'aise et qui finit par devenir quasiment automatique puisque maintenant vous fonctionnez comme quelqu'un qui ne se compresse plus et qui se contient lui-même.
Y a-t-il une forme idéale?
Beaucoup de gens prétendent qu'il y a une forme idéale. Je dis toujours et toujours à nouveau qu'il n'y a pas de forme idéale. Il y a la connaissances de la façon dont vous vous utilisez vous-mêmes et il y a la connaissance et la reconnaissance de la forme qui vous donne la sensation d'être à l'aise.
Pourquoi la gestion de soi-même est une aide?
La gestion de soi-même - c'est-à-dire la capacité de s'influencer soi-même - est importante car elle rétablit la notion du pouvoir qu'une personne a sur elle-même. Elle donne à la personne une possibilité reconnue et établie d'agir sur elle-même. Et cela réduit la notion qu'elle a d'être une victime pour elle-même. Une partie de la panique et de la dépression est le produit de notre incapacité à nous gérer nous-mêmes. Etre capable d'agir sur soi-même - faire quelque chose plus ou le faire moins - rétablit la notion d'être capable de s'influencer soi-même. Et cela modifie et atténue une partie de l'organisation de panique et de dépression.
A quel point ces exercices sont-ils efficaces?
Faire les exercices est une pratique. C'est l'essai d'être capable d'influencer son comportement. Il y a beaucoup de facteurs dans toutes les situations qui nous affligent profondément et on ne peut pas rendre compte de toutes les possibilités à l'intérieur d'une situation. Je peux vous dire que j'ai fait l'expérience que ces exercices sont d'une grande utilité pour aider beaucoup de personnes. Bonne chance
Terrence MacClure est écrivain et producteur de vidéo à Berkeley.
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